Deuxième exercice obligatoire : Analyse d’un objet socio-technique.

LE WAGON LIT  !

L’invention du wagon-lit a pris forme au XIXe siècle, résultat de la combinaison de nombreux facteurs. Cet objet original a modifié de manière intense les voyages en train au départ très incomfortables vers des trajets beaucoup plus agréables, et ce encore aujourd’hui.

Le premier wagon-lit remonte donc au XIXe siècle, dans un contexte favorable puisquune Amérique toute neuve s’ouvrait vers l’Ouest avec l’incroyable défi lancé par le président Lincoln de relier les deux océans par les rails. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre : on se prend de passion pour tout ce qui à trait aux trains. L’ambiance est donc idéale et propice à de nouvelles inventions qui ne se font pas attendre, accelérée par la guerre de Sécession qui constitue la « première guerre moderne ».

C’est donc dans cette atmosphère qu’un homme d’affaire nommé Georges Mortimer Pullman réalisa la première invention qui changea le domaine du voyage. Après un voyage nocturne qu’il jugea fort inconfortable dans un train entre Chicago et New York, il jura que les Américains ne voyageraient plus dans de telles conditions. Il s’attela ainsi dès 1855 à la réalisation d’un modèle de wagon-lit qu’il construisit lui-même, après avoir travaillé sur de nombreux plans avec application auparavant.
Ce premier wagon-lit fut inauguré dans l’indifférence  la plus totale en 1858 dans l’état de l’Illinois. Il ne comportait en effet au départ que quelques bancs en guise de couchette, et les voyageurs eurent encore à ce moment là à  supporter la fumée de la locomotive, fortement désagréable.

La guerre de Sécession qui éclate ensuite constitue en premier lieu un frein à Pullman car l’armée réquisitionne tous les autres trains.

Cependant, cela lui permet finalement de perfectionner son idée de wagon-lit qui est alors très basique et toujours inconfortable, à tel point que la plupart des voyageurs s’en plaignaient.  Pullman met alors au point un nouveau modèle de wagon-lit, gigantesque et très luxueux, mais qui n’est pas capable de tenir sur les rails de l’époque.
C’est l’assassinat du président Lincoln qui va permettre l’accélération de l’évolution du fameux wagon : il faut transporter son corps à sa ville natale se trouvant dans le Kentucky. C’est à ce moment que seul le wagon de Pullman, le « Pioneer », apparaît comme le seul qui soit à la hauteur du président. Un gigantesque chantier se met alors en place afin d’adapter la largeur des rails à celle du wagon. Bientôt, le wagon-lit connaît un succès inattendu, et ce à tel point que les liaisons New-York – Wahsington ne se font que de nuit.
Une campagne publicitaire pour Pullman est mise en place afin de souligner le confort exceptionnel du train, qui devient à ce moment un objet à forte valeur sociale.
Cependant, au contraire des Américains, les Européens qui ont l’occasion d’en bénéficier de l’apprécient pas car ils le jugent sans intimité et inconfortable : les compartiments ne sont pas individuels et les nuisances sonores sont nombreuses, dûes aux voyageurs et au bruit du train. Il n’y a qu’un lavabo pour beaucoup trop de couchages (une quarantaine) et aucun vestiaire pour se changer.

C’est alors qu’arrive un jeune Belge nommé Georges Magelmackers. Il décide de « s’approprier » l’idée des couchettes pour la répandre en Europe. Il l’adapte ainsi aux Occidentaux qui ont des habitudes plus individualistes et des attentes différentes de celles des Américains.
Ainsi, il conserve le mécanisme mis au point par Pullman qui permet de déplier un siège en couchette, et il y installe également un couloir central avec un petit nombre de compartiments de 2 à 4 couchettes, ce qui n’existait pas auparavant. Le couloir devient ainsi le lieu de sociabilité tandis que les « chambres » individuelles sont réservées à l’espace privé. Magelmackers innove aussi en installant un « agent » qui veille au confort du voyageur en pliant/défaisant les couchettes et en surveillant que celui-ci soit à son aise.

Ce nouvelles dispositions techniques conduisent aux premières tentatives d’ouverture des frontières de l’Europe, frontières qui sont nombreuses avant 1870 car les tensions entre la France et la Prusse sont fortes, et le nombre de royaumes européens n’est pas négligeable.
Ainsi, le premier tunnel transalpin est percé et la ligne Paris-Vienne voit sa fréquentation augmenter de manière considérable grâce à l’utilisation des wagons-lits qui sont destinés aux classes sociales les plus aisées. Par ailleurs, on peut remarquer que, l’utilisation des « trains-couchettes » étant en croissance, de nouveaux besoins se créent petit à petit, problèmes pour lesquels Pullman s’est investi afin de leur trouver une solution, comme par exemple avec son invention du wagon-restaurant après celle du wagon-lit.

Même s’il a évidemment subit des modifications et quelques aménagements, le wagon-lit de Pullman de 1870 est encore très proche des wagons-lits utilisés aujourd’hui.
Le script de l’objet, qui est « permettre aux voyageurs de dormir à bord du train », se retrouve à travers les diverses innovations de Pullman et Magelmackers. Le wagon-lit est donc bien, en définitive, un objet socio-technique, situé sans cesse au centre d’une controverse : il est défini et modifié constamment en fonction des attentes des voyageurs, lui-même à l’origine de la modification de la façon de voyager.

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