Grippe aviaire: un responsable sanitaire américain rejette l’accusation de censure

publié le 22 décembre 2011

« WASHINGTON — Le directeur de l’Institut national américain des maladies infectieuses (NIAID), Anthony Fauci, a rejeté mercredi des accusations de censure suscitées par des recommandations sans précédent du Bureau de la bio-sécurité de ne pas publier certaines parties de travaux sur un virus dangereux de la grippe aviaire.

« Il ne s’agit absolument pas de censure puisqu’un chercheur légitime désirant par exemple développer un vaccin ou travaillant pour l’Institut Pasteur obtiendra ces informations », a affirmé dans un entretien avec l’AFP, le Dr Fauci, patron du NIAID qui a financé les études en question.

Cette controverse s’est amplifiée mardi après la confirmation officielle que le Bureau national américain de la science pour la bio sécurité (NSABB) a recommandé, à l’unanimité de ses 23 membres (BIEN 23), que les deux principales revues scientifiques mondiales, l’américaine Science et britannique Nature, ne dévoilent pas certains détails de ces travaux sur la manière de rendre le virus H5N1 aisément transmissible entre des furets et potentiellement entre humains.

Ces experts indépendants ont avancé « le risque de menace extrêmement grave pour la santé publique mondiale » si certaines informations tombaient dans de mauvaises mains.

L’équipe dirigée par le Pr Ron Fouchier au centre médical Erasmus de Rotterdam avait annoncé en septembre avoir créé un virus mutant H5N1 potentiellement capable, pour la première fois, de se transmettre facilement entre des mammifères.

D’autres chercheurs de l’Université du Wisconsin (nord) ont mené une recherche parallèle et sont parvenus à des résultats similaires, a indiqué le Dr Fauci.

Science, qui doit en principe publier l’étude de Ron Fouchier, et Nature celle de l’Université du Wisconsin, ont indiqué mardi prendre en compte les recommandations du NSABB et réfléchir à la manière la plus adéquate de procéder.

Ces restrictions ont notamment été critiquées en Europe. Si pour de « fallacieuses inquiétudes sur le risque de terrorisme, de petits groupes autodésignés commencent à censurer, cela entachera toute la communication scientifique », a estimé le Dr John Oxford de la London Queen Mary’s School of Medicine.

« De nombreux scientifiques ne sont pas d’accord avec le comité du NSABB », a reconnu le Dr Fauci. « Il faut donc ré-examiner la raison de cette décision de manière à ce qu’on puisse tous d’une façon transparente parvenir à élaborer des directives concrètes sur ce qui doit être pris en considération dans ce type de recherche », a-t-il ajouté.

Le patron du NIAID a expliqué que de telles procédures ou des « critères d’accès » à des informations sensibles, ne concernaient que les recherches aux applications dites « doubles » ayant à la fois une utilité pour le bien public et pouvant aussi être détournées à des fins criminelles.

Ainsi, « 99,9% de tous les travaux scientifiques ne sont pas concernés », a assuré le Dr Fauci qui a aussi minimisé la dangerosité de ce virus créés dans ces laboratoires.

Ces recherches montrent qu' »il est possible de rendre le virus H5N1 aisément transmissible entre des furets ce qui ne veut pas dire que ce soit le cas entre humains » comme cela a été rapporté dans des médias, a relevé ce virologue.

« Dire ainsi qu’ils ont créé un virus monstre est exagéré », selon lui.

S’il était si facile de créer un tel pathogène, « comment expliquer que la nature n’y soit pas parvenue elle-même depuis qu’il est apparu en Asie il y a 17 ans? », a-t-il insisté.

Par ailleurs, Paul Keim, président du comité des experts au Bureau de la bio-sécurité, a expliqué à l’AFP que « le comité était très inquiet de la manière dont ces recommandations seraient perçues dans le monde » et plaidé « pour un effort international et le besoin d’un consensus mondial » pour empêcher la production d' »une telle arme biologique dangereuse qui serait incontrôlable ». »

 

Commentaire : Un autre problème de la science est illustré à travers cet article : le problème de la transparence. On se plaint de la diffusion abusive de Facebook et de Wikileaks (cf. dans mes articles précédents), mais on blâme également la censure et la tenue secrète de certaines informations, laissant le sentiment d’être « bernés ». C’est ici la question posée lorsque l’on aborde les recherches effectuées à propos du virus H5N1 de la grippe aviaire. Le problème en lui-même semble venir de l’acteur « responsable sanitaire », accusé de censurer certaines informations concernant ces fameuses recherches. Deux points de vue s’affrontent. Celui de la dimension secrète que doivent avoir certaines informations, afin d’éviter toute dérive de publications qui pourraient tomber entre de mauvaises mains et porter la science et la santé à leur perte, au risque de faire obstacle à la bonne communication nécessaire à l’avancée des recherches et à l’efficacité de la coordination. De l’autre côté, celui qui prône la transparence totale des informations pour un meilleur travail commun des chercheurs et une confiance absolue entre ceux-ci, au risque que les informations soient divulguées et que la science connaisse des abus qui pourraient être fatals. Un débat scientifique comme politique qui pose la problématique suivante : faut-il mener une politique de transparence ou de cachotteries ? Imprudence ou inefficacité ? 

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