La Russie a 72 heures pour sauver sa mission vers Mars

– publié le 08/11/2011 sur LeFigaro.fr

«  La mission Phobos-Grunt devait étudier Phobos, l’une des petites lunes de la planète rouge. Seulement, la sonde n’a pas pu prendre la trajectoire prévue après son lancement.

«Avec la mission Phobos-Grunt, c’est la première fois depuis 15 ans que les Russes retournent dans l’espace lointain», se réjouit Jean-Pierre Bibring, astrophysicien à l’Institut d’astrophysique spatiale d’Orsay et responsable de l’un des instruments scientifiques français embarqués par la sonde.

Et pour ce grand retour après l’échec du lancement de leur mission Mars 96, les scientifiques russes ont mis la barre très haut: ils veulent prélever des échantillons du sol de Phobos, l’une des deux minuscules lunes de la planète Mars, et les faire revenir sur Terre pour les étudier. Ce type d’opération de retour d’échantillon est toujours très complexe, et les missions spatiales de ce type réussies se comptent sur les doigts d’une seule main.

Un énorme assemblage 

La mission Phobos-Grunt («sol de Phobos» en russe) a décollé mardi soir du cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) à bord d’une puissante fusée Zenit-2. Une fois mis en orbite autour de la Terre, la sonde spatiale et son étage de propulsion, un énorme assemblage de plus de 13 t, devait s’élancer en direction de Mars pour un voyage de plus de 10 mois. Seulement, «le moteur ne s’est pas mis en marche», a indiqué le directeur de l’Agence spatiale Roskosmos. «La sonde n’a pas pu s’orienter d’après les étoiles.» Les scientifiques estiment avoir une fenêtre de trois jours pour télécharger un nouveau programme de vol, avant que les batteries de la sonde ne soient vides. «Je ne dirais pas que c’est un échec. C’est une situation imprévue, mais elle peut être surmontée», a estimé le directeur.

Si les scientifiques arrivent à rétablir la situation, il est prévu que l’engin se remette en route vers Mars. Il devra alors freiner pour se mettre en orbite autour de la planète rouge puis se séparera de son passager, la première sonde d’exploration chinoise Yinghuo-1. Ce petit vaisseau de 115 kg emporte des instruments scientifiques pour étudier l’environnement de Mars, mais ils auront du mal à être compétitifs face aux sondes martiennes plus sophistiquées de la Nasa et de l’Agence spatiale européenne (ESA). «C’est surtout l ‘occasion pour les Chinois d’apprendre les aspects d’opérations et de contrôle d’un engin situé à plusieurs dizaines de millions de kilomètres de la Terre», estime Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du système solaire au Cnes.

Après une courte phase d’observation de la planète rouge, la sonde russe commencera la partie la plus périlleuse de sa mission, l’approche et l’atterrissage sur la surface de Phobos, prévu en février 2013.

Ce minuscule corps rocheux de forme irrégulière et cratérisée (27 km de long et 18 km de large) intrigue les spécialistes du système solaire. «L’origine de Phobos est un mystère, explique Jean-Pierre Bibring. Est-il le résultat de l’impact d’un grand corps avec Mars, ou s’agit-il d’un astéroïde qui aurait été capturé par l’attraction de la planète ? Nous aurons certainement la réponse en faisant des analyses fines de sa surface.»

Retour de la capsule dans le désert du Kazakhstan 

Mais l’opération sera encore une fois loin d’être joué d’être joué d’avance pour Phobos-Grunt. La sonde devra se poser sans rebondir ni se renverser sur la petite lune martienne, où la gravité est extrêmement faible, moins de 0,6 millième de celle qui règne sur Terre. Sur ce gros caillou, l’ensemble de la sonde russe pèsera moins d’un kilogramme !

Il faudra ensuite que le dispositif de prélèvement d’échantillon fonctionne correctement, et mette bien les 200 grammes de roches dans la petite capsule de retour qui doit ensuite décoller de Phobos et revenir sur Terre de manière autonome. Le retour de la capsule dans le désert du Kazakhstan est prévu pour le mois d’août 2014. Mais de l’avis de quelques spécialistes, le succès total de la mission, avec retour des échantillons de Phobos, paraît assez improbable en raison de la difficulté de la mission, et du manque apparent de tests sérieux réalisés par l’industriel russe NPO Lavochkine.

Au-delà du strict retour scientifique possible pour les chercheurs français qui participent à la mission russe, Jean-Pierre Bibring voit aussi un intérêt stratégique à cette collaboration. «On voit bien, avec les difficultés d’ExoMars, l’intérêt qu’il peut y avoir à coopérer activement avec les Russes», explique l’astrophysicien français. « 

Commentaire : Les éternels mystères de l’espace et la recherche insatiable de découvertes scientifiques. C’est dans ce contexte qu’a été rédigé cet article traitant de la mission russe « Phobos-Grunt », une mission qui consiste en l’envoi d’une sonde dans l’espace afin d’étudier l’une des mystérieuses petites lunes de la planète Mars. Un but uniquement scientifique pour la Russie ? Pas seulement. La politique peut également intervenir dans cette affaire. En effet, il s’agit pour la Russie de décoller son image de celle de l’URSS et de reprendre son pied dans un secteur qu’elle avait presque abandonné depuis près de deux décennies afin de s’affirmer au niveau des puissances internationales. La crédibilité de ses nouveaux outils et de ses performances est directement concernée, d’autant plus que la mission connaît actuellement quelques complications qui pourraient donner lieu à un échec supplémentaire. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :