Améliorer l’humain ou le rêve du transhumanisme.

Publié le 26-08-11 dans le Nouvel Observateur

La philosophie du transhumanisme prône l’usage des sciences pour améliorer le corps humain, avec un doux rêve d’immortalité. Par Boris Manenti.

En l’an 2027, l’humanité est à l’aube d’une nouvelle ère avec les « augmentations » humaines, sortes de prothèses mécaniques (bras, jambes, œil…) qui améliorent le corps humain. Tel est l’avenir imaginé par le jeu « Deus Ex : Human Revolution », qui sort ce vendredi 26 août.

Un postulat qui dessine un futur proche, mélange de baroque et de cyberpunk, où le transhumanisme n’est plus une idéologie mais bien une réalité. Le transhumanisme est cette idéologie qui plaide pour une amélioration technologique de l’humain, dans une quête d’immortalité.

« Nous voulions que le jeu ait une dimension sociale et éthique en posant un débat : que se passera-t-il quand l’Homme sera capable de jouer à Dieu ? Perdrons-nous notre humanité avec ces ‘augmentations’ ? », explique Jean-François Dugas, directeur du jeu « Deus Ex : Human Revolution ».

En bref, le mythe d’Icare revisité.

Au-delà du jeu vidéo, la philosophie du transhumanisme remonte à la Renaissance quand des philosophes-chercheurs ont commencé à prôner l’usage de la science pour améliorer le corps humain, caressant un vieux rêve d’immortalité.

L’homme est au centre du transhumanisme, esquissé dans la philosophie de Pic de la Mirandole. En 1486, dans son « Discours sur la dignité de l’homme« , il appelle à « sculpter sa propre statue » et être « le créateur de [soi]-même ».

Au XVIIIe siècle, le philosophe Nicolas de Condorcet pose les bases d’une philosophie alliée à la biologie et aux sciences cognitives, dans une quête de vie prolongée. « Serait-il absurde de supposer que l’amélioration de la race humaine soit considérée comme un progrès illimité ? », interroge Condorcet. A l’avenir, « l’homme ne deviendra pas immortel, mais il pourra constamment augmenter le temps entre le moment où il commence à vivre et quand naturellement, sans maladie ou accident, il trouve que sa vie est un fardeau », poursuit-il.

En 1923, le biochimiste J. B. S. Haldane estime encore qu’à l’avenir la génétique serait utilisée pour rendre les hommes plus intelligents, plus sains, plus grands… « Le chimiste ou le physicien est toujours un Prométhée », estime-t-il dans son essai « Daedalus, Science and the Future« .

Le transhumanisme se développe à la fin des années 80, devenant une frange extrême de la cyberculture. Une philosophie qui prédit que l’humanité est à l’aube de la plus grande transformation de son histoire, notamment grâce aux bio- et nano-technologies, à la robotique et l’informatique, et aux sciences cognitives. L’Homme pourrait ainsi s’affranchir des limites de son corps avec des capacités physiques et mentales accrues.

En 1978, le philosophe Fereidoun Esfandiary, plus connu sous le pseudonyme « FM-2030 », formule la première déclaration transhumaniste baptisée Upwinger’s Manifesto : « Nous voulons accélérer l’avancée de l’humanité jusqu’à la prochaine étape de son évolution. Nous voulons surmonter nos tragédies suprêmes : le vieillissement et la mort. Nous voulons aider à accélérer l’essor des mondes à venir avec une abondance inespérée : de l’énergie propre et bon marché illimitée, des ressources alimentaires illimitées, des matières premières illimitées », prône-t-il.

Onze ans plus tard, l’Association transhumaniste mondiale énonce une nouvelle déclaration envisageant que « l’humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique, l’abolition de la souffrance et l’exploration de l’univers ».

La souffrance, la vieillesse, la mort. Le transhumanisme rêve d’augmenter l’espérance de vie au-delà de 1.000 ans.

Avec son projet de « prévenir et guérir le vieillissement », l’informaticien et biologiste Aubrey de Grey estime que « dans le futur, quand la médecine deviendra encore plus puissante, nous serons inévitablement en mesure de faire face au vieillissement tout aussi efficacement que nous abordons aujourd’hui de nombreuses maladies. Je pense que la première personne à vivre 1.000 ans pourrait déjà en avoir 60″, lançait-il convaincu en 2004 sur la BBC.

Pour l’informaticien et futurologue Ray Kurzweil, pape du transhumanisme, nous pourrons bientôt « transcender les limites de nos corps et cerveaux biologiques ».

Ce rêve d’immortalité passe aussi par le numérique. Certains transhumanistes imaginent bientôt pouvoir brancher et télécharger tout le contenu d’un cerveau sur ordinateur, afin d’avoir un esprit dématérialisé, envoyé dans le cyberespace, ou d’être réimplanté sur un corps robotique. On parle d' »uploading », un scénario digne des films de science-fiction tel « Matrix ».

Treize centres de recherche européens se sont réunis avec l’objectif de reconstituer un cerveau humain. Aux Etats-Unis, l’institut de technologie du Massachussetts (MIT) se penche également sur la question, visant la création d’une véritable intelligence artificielle.

Le premier ordinateur capable d’émuler un cerveau humain devrait arriver d’ici 2040, estime, confiant, Ray Kurzweil. Dans « Humanité 2.0 » (éd. M21), il développe son concept de « Singularité », une période future où « les changements technologiques seront si rapide et si profonds que la vie humaine sera transformée de manière irréversible ». « Dans trente ans, nous aurons les moyens technologiques de créer une intelligence surhumaine. Peu après, l’ère humaine cessera« , prédit-il.

Ray Kurzweil s’enflamme, prophétique : « Nous voulons devenir l’origine du futur, changer la vie au sens propre et non plus au sens figuré, créer des espèces nouvelles, adopter des clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter nos corps et nos esprits, apprivoiser nos gènes, dévorer des festins transgéniques, faire don de nos cellules souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, pratiquer des clonages divers à l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies ».

« J’ai hâte d’être en 2027 pour voir combien nous ne sommes pas aller assez loin avec ‘Deus Ex’… », conclut Jean-François Dugas.

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